Aussi l’hiver, près des vitres ruisselantes, sous le cercle étroit de la lampe, l’été
sur un banc de jardin, entourée d’un bourdonnement d’insectes, des bruits légers
de la nature au repos, j’ai recommencé bien des fois mes livres d’enfant. Le
bonheur m’en a duré longtemps, augmenté peu à peu par des détails inaperçus,
des surprises, un charme de compréhension lentement complétée. S’ils avaient ou
non un intérêt, une valeur, je n’en savais rien. Aux affamés dans leur précipitation
tout semble bon, car le goût est une faculté de loisir. Seulement je me souviens
d’une grande émotion à chaque livre ouvert, de cette oppression singulière qui
s’allège des pages feuilletées, comme si l’on avait en soi-même une partie des idées,
des sentiments exprimés là et qu’on se sente heureux tout à coup de les voir fixés,
traduits, plus clairs de tout le talent de l’auteur et de la netteté des caractères
d’impression…


Julia Daudet. Enfance d’une parisienne, Paris, Charavay frères, 1883, pp. 40-41.

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